• La veste gris chiné

      Station Parmentier. Un pauvre type  est monté, engoncé dans sa veste gris chiné toute rapée. La cinquantaine cruelle. Clac des portes.  J'ai pensé : "encore un type dans la déche". Chasser la pensée. Vite. Apprendre à cloisonner ses émotions. Ne  pas céder à l'empathie stérilisante sinon souffrir.

    Tellement commode.

    Focus : debout derrière lui, un colosse excentrique avec une queue de cheval incongrue  et un grand chapeau noir. Caricature : je l'imagine Corse revendicatif, sympathisant anti OGM, gourmet averti à la Veyrat. L'association de ces deux terriens m'amuse. Ils me tournent le dos.
    Soudain un chant s'élève : « Adieu Monsieur le Professeur ».La voix est forte, cassée, fausse.
    C'est l'homme au grand chapeau qui pousse la chansonnette.

    Forcément.

    Je pouffe de rire avec mon voisin de voyage. Tellement drôle et gonflé! J'hésite à sortir la caméra, envie de voler cet instant magique. Je savoure.
    Station. Clac des portes. Je descends. Un volte face : juste  une photographie des yeux. L'homme au chapeau noir ne chante pas. Son visage est fermé. Comme tous les  autres. Masse muette. Inquiète. Tapis derrière, une ombre s'égosille. Un râle rauque, le cri à la vie d'une veste gris chiné, gagne misère d'un petit homme ignoré.

     

    Les proportions qui  s'emmêlent, les distances qui  s'effondrent. Et cette  honte qui vous étouffe, ce sang qui reflue dans vos tempes, votre propre bêtise qui vous crache à la gueule et fait  exploser les particules de votre soit- disante bienveillance.
    magwann

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